Introduction : Le sauveur inattendu
"A propos des Angyo Onshi… Les Angyo Onshi ont vraiment existé. Ils ont officié en Corée, il y a environ 500 ans. En coréen, on dit "Amhaeng Osa". Ils étaient aux ordres du roi et voyageaient incognito à travers le pays pour surveiller les gouverneurs locaux, punissaient les opprimés. Pour le peuple, ils étaient de véritable héros. En Corée, ils font l'objet de nombreux films et pièces de théâtre. Le système des Angyo Onshi est à l'origine de ceux que l'on appelle "les inspecteurs secrets" de la Corée d'aujourd'hui, sauf qu'eux n'agissent pas incognito (rires). Dans notre histoire, le mahai, qui prouve sa fonction, permet à l'Angyo Onshi d'invoquer des combattants fantômes, mais, dans la réalité, il lui permettait juste de réquisitionner des chevaux. Le nombre de chevaux représentés sur le mahai indiquait le rang de l'agent et le nombre de chevaux qu'il pouvait réquisitionner. Plus ce rang était élevé, plus l'agent pouvait avoir d'hommes sous ses ordres.
Quand notre éditeur a parlé de ce projet, j'ai eu un peu peur. Je pensais que les Angyo Onshi étaient spécifiques à la Corée, et je me demandais comment les lecteurs japonais allaient accueillir cette histoire. Mais j'ai été rassuré, et surpris, quand on m'a dit qu'il y avait une histoire similaire au japon. En faisant des recherches, j'ai découvert qu'il y avait eu des agents, ou au moins des légendes sur des agents qui avaient un rôle similaire à celui des Angyo Onshi dans beaucoup de pays. Du coup, je me suis dis que les notions de "bien" et de "mal" dépassent les frontières et les religions, et qu'on les retrouve partout dans le monde. Evidemment, le monde du "Nouvel Angyo Onshi" ne fait pas exception. Dès qu'il y a un méchant, notre Angyo Onshi vient sauver les opprimés en criant: "Voici venir l'Angyo Onshi !" "
Chapitre 1 : La nouvelle légende de Chun-Hyang
"L'histoire de Chun-Hyang est une vieille légende très connue en Corée. Elle illustre bien le rôle des Angyo Onshi. Je crois qu'elle est aussi assez connue en Chine et au Japon (les clamp l'ont adaptée en manga dans "La légende de Chun-Hyang").
Je vous raconte l'histoire en deux mots… Song Chun-Hyang, la fille d'une prostituée et Lee Mon-Ryong, le fils d'une riche famille sont amoureux… Mais les deux familles s'opposent à cette relation à cause de la différence de classe sociale. Mon-Ryong, comme tout noble qui se respecte, part à la capitale pour passer les concours de fonctionnaires, non sans avoir promis à Chun-Hyang de revenir… Un nouveau fonctionnaire, Bun Haku-Dô, arrive au village et tombe amoureux de la belle Chun-Hyang. Devant le refus de cette dernière il l'a fait arrêter et exige qu'elle cède à ses avances… Comme la belle refuse encore, il décide de la tuer. Le jour de l'exécution, juste avant que Chun-Hyang ne meure Mon-Ryong fait son apparition en brandissant un mahai et en criant: "voici venir l'Angyo Onshi !". Il punit Bun Haku-Dô et peut enfin vivre heureux avec sa bien-aimée. Voilà, c'était la légende de Chun-Hyang…
Vous pensez peut-être que j'ai transformé cette belle légende en une histoire bien triste. Certaines personnes la connaissant m'ont même dit que c'était morbide de ma part (rires). C'est parce qu'ils connaissent la version pour enfants. Dans la vrai légende, Mon-Ryong devient bien Angyo Onshi, mais il se marie avec une autre femme, à la capitale, et quand elle l'apprend Chun-Hyang se suicide. Cette version n'est pas très connue, même en Corée. Moi-même, je ne la connaissais pas jusqu'à très récemment… Plutôt que de m'inspirer d'une belle histoire, j'ai voulu faire passer le message de la version originale. Je crois que c'était la meilleure façon d'adapter une belle légende."
Chapitre 2 : Les funérailles de Kôrei
"A propos des funérailles de Kôrei. J'ai inventé cette histoire en me servant d'une tradition de l'époque Koryô (918-1392) appelée "Les funérailles de Koryô" (ici, j'en ai fait une traduction limitée à un petit village). Cette tradition voulait que les fils aillent abandonner leurs vieux parents dans la montagne…
La Corée est aussi appelée "le pays du respect extrême-oriental". Depuis leur plus tendre enfance, les Coréens sont élevés dans le plus strict respect des parents. Aujourd'hui encore, les plus jeunes attendent que le convive le plus âgés ait pris ses baguettes avant de prendre les leurs. Un jour ou nous mangions avec l'équipe éditoriale, ils ont fait preuve de respect à notre égard en agissant de la sorte (en fait c'est une sorte de respect qui n'a plus cours dans le cercle familiale…Hoho !) Ayant été élevé dans ce respect des parents, apprendre l'existence des funérailles de Koryô m'a profondément choqué, et j'ai été très surpris d'apprendre que de telles pratiques avaient aussi eu lieu au Japon… Je ne sais pas qu'elles en étaient les origines, mais je ne pense pas que ces traditions existent. C'est pour ça que j'ai voulu en faire une histoire pour "le nouvel Angyo Onshi"… Le dialogue final entre la mère et son fils est inspiré d'une légende coréenne."
Chapitre 3 : Les Yôjin
"Qu'est ce que les Yôjin ? Tout comme les Kôrei du premier tome, Yôjin est un mot inventé… Toutefois, je me suis inspiré des Yôjin une tribu mandchoue ayant réellement existé. Son territoire était proche du nord de la Corée (aux alentours de la frontière entre la Chine et la Corée du Nord). C'est pour ça que dans ces régions on trouve encore des chansons traditionnelles ou des légendes qui parlent des Yôjin.
Je dois vous avouer que l'attaque des Yôjin m'a été inspirée par un manga japonais "Yii - Les chroniques de Natsuki Sumeragi" (aux éditions Kadokawa). Ce manga raconte les aventures d'un Angyo Onshi dans la Corée de la dynastie Choson (1392-1910). J'ai été très impressionné par ce titre parce que je pense que grâce à ses recherches historiques, l'auteur a réussi à rendre compte de la mentalité des gens de l'époque. J'ai surtout été impressionné par l'histoire mettant en scène les Yôjin. Il y a des chroniques historiques relatant les combats entre Angyo Onshi et Yôjin dans l'histoire coréenne, mais quand j'ai voulu rassembler des documents sur ce sujet pour écrire l'attaque des Yôjin, j'ai eu beaucoup de mal à en trouver. Des historiens spécialistes des Angyo Onshi m'ont dit que c'était, en fait, à peine prouvé et peu connu, même en, Corée. Vous comprenez maintenant mon étonnement devant cet auteur étranger qui en a fait un manga ! En tant que coréen, j'ai un peu honte d'avoir été influencé par la vision de la dynastie Choson de cet auteur… Mais, pour moi "Yii - Les chroniques secrètes" reste un superbe manga, et pas uniquement sur le plan historique. Ce que je préfère par-dessus tout dans ce manga, c'est quand le héros s'écrit : "Voici venir l'Angyo Onshi !" j'aimerais tellement que vous puissiez voir Mun-Su pousser ce cri ! C'est impressionnant !!! (rires)."
Chapitre 4 : Mun-Su
"J'ai écrit l'histoire de ce classique n°4 parce que Yang Kyung-Il, le dessinateur, m'a dit qu'il voulait dessiner des scènes d'actions avec Sando. Ici, aucun personnage n'a réellement existé. Veuillez considérer que ce genre d'endroits existe bel et bien dans l'univers du "Nouvel Angyo Onshi" (rires).
Tout ça pour dire que je voulais vous parler de celui qui m'a servi de modèle pour Mun-Su. Il s'appelle Pak Mun-Su (1691-1756). C'est un célèbre Angyo Onshi de la dynastie des Choson. A l'origine, il était formateur dans une école militaire, et n'a été Angyo Onshi que pendant un an environ. Mais cette courte période est particulièrement importante dans l'histoire des Angyo Onshi… Le pouvoir de l'époque était corrompu, et Pak Mun-Su a parcouru la Corée, armé de son seul mahai, et a secouru les plus démunis en criant "voici venir l'Angyo Onshi !". On dit qu'il aurait aussi arrêté des invasions et sauvé le roi d'un coup d'état… Il devait avoir un grand sens de la justice, une qualité propre à un Angyo Onshi… On dit qu'il cherchait la vérité en se mettant à la place des plus faibles. Il aurait aussi beaucoup voyagé à l'étranger, ce qui, pour l'époque, dénote d'une ouverture d'esprit étonnante… Mais il doit aussi son humanité à d'autres événements qu'il aurait vécus… Il aurait eu plusieurs fois de hautes fonctions et aurait été mis à l'index, suite à des médisances et des trahisons… Et, finalement, il aurait atteint les plus hautes fonctions à la cour en devenant le conseiller du roi. Aujourd'hui encore, on peut voir sa tombe et rendre hommage à ce héros qui a toujours accompli avec ferveur sa mission d'Angyo Onshi dans cette période trouble. Mun-Su du "nouvel Angyo Onshi" a hérité de son esprit (enfin j'espère…)."
Chapitre 5 : Mandarage
"La mandarage est le nom asiatique de la mandragore, une plante bien connue des amateurs de fantastique. On lui prête des vertus thérapeutiques surnaturelles (bien évidemment, la vraie mandragore n'a pas de tels pouvoirs). Dans cette histoire, j'en ai fait une plante transformant la douleur humaine. Jun et Yuite sont, eux aussi, inspirés de personnes ayant réellement existé. Ils apparaissent dans un célèbre roman, mais il s'agit juste d'une adaptation romancée des écrits médicaux du véritable Jun (en réalité, ce dernier a vécu 150 ans avant Yuite, mais même en Corée, peu de gens le savent). Je vais essayer de vous raconter ce roman en deux mots…
Sous la dynastie Choson, Ho Jun, un garçon du peuple, devient le disciple d'un médecin nommé Yu Ite. Désireux d'impressionner son maître, Jun se plonge corps et âme dans ses études de médecine mais Yu Ite reste indifférent devant ces efforts. Le conflit entre l'élève et le maître perdure jusqu'à la mort de ce dernier. C'est alors que Jun comprend que pour un médecin, le sens moral est plus important que la technique… Une leçon qui lui apporte la maturité et l'amène à devenir un médecin reconnu appelé au chevet du roi.
Ce roman symbolise les relations idéales entre disciple et professeur. C'est exactement le contraire de ce qui se passe dans notre histoire… (rires). Comme je l'ai déjà écrit dans le premier tome après "la légende de Chun-Hyang", le plus important quand on adapte un classique, c'est de garder le message de l'original. Je voulais, qu'ici aussi, Jun soit "vertueux". Et même s'il meurt à la fin, je pense qu'il aurait fait un très bon médecin…"
Chapitre 6 : La légende de l'écuyer
"Le chapitre 6 relate une histoire originale. Cependant, le personnage de l'écuyer apparaît dans les classiques coréens. A l'origine, c'est le serviteur de Mon-Ryong dans la légende de Chun-Hyang. Il est au service de Mon-Ryong depuis qu'il est enfant et continue à le servir quand il devient Angyo Onshi. Il tient un rôle très important dans la légende de Chun-Hyang. Il est un peu étourdi et naïf, mais son bagout et sa vivacité d'esprit lui permettent de démêler de nombreuses situations. Par ailleurs l'attitude qu'il à envers son maître reflète bien celle des serviteurs de la période des Choson. La légende de Chun-Hyang est une histoire un peu dure dans laquelle l'écuyer tient un rôle intéressant et dont le charisme n'a rien à envier à celui des personnages principaux.
Il existe aussi une légende de l'écuyer qui reprend les personnages de la légende de Chun-Hyang. Mais là, Mon-Ryong et Chun-Hyang ne sont plus que des personnages secondaires. C'est une histoire très drôle et très appréciée en Corée qui se joue encore au théâtre. Quand j'étais plus jeune, je suis allé la voir avec ma petite amie du moment (rires).
En réalité, j'ai trouvé le modèle de l'écuyer du nouvel Angyo Onshi ailleurs. Il s'agit de "Ninjaton" un personnage des "chroniques guerrières de la mythologie de Soma", le premier manga de Yang Kyung-Il. Il m'a dit que c'était son personnage préféré et qu'il aimerait bien en redessiner un dans le même genre. C'est pourquoi l'écuyer ressemble physiquement et psychologiquement à Ninjaton. Je ne sais pas trop s'il plaît à Yang Kyung-Il, mais il à l'air très content quand il le dessine.
Pour finir, je voudrais vous révéler un dernier secret, quelque chose qu'il ne faut répéter à personne…. Le vrai modèle de Ninjaton, c'est Yang Kyung-Il, lui-même !"
Chapitre 7 : Ulpaso
"De tous les personnages du nouvel Angyo Onshi ayant un modèle réel, Ulpaso est celui qui est le plus éloigné de l'original. Le Ulpaso historique n'avait rien d'un méchant, c'était un grand homme, un célèbre tacticien du royaume de Kokuryo, l'un des royaumes de la Corée antique. Ce n'était pas un militaire, mais un homme lettré. Il fut même conseiller du roi car c'était un politicien avisé. Il n'a sans doute jamais touché d'épée ou d'armes à feu (rires). Sachez que le Ulpaso de cette histoire n'est qu'un simple homonyme.
Mais alors pourquoi avoir donné ce nom à un personnage totalement différent de l'original ? Tout simplement parce que le nom me plaisait… je ne sais pas ce qu'il peut inspirer aux lecteurs étranger, mais pour un Coréen c'est un nom vraiment particulier, du genre de ceux que l'on ne peut pas oublier quand on l'a entendu. Il est beaucoup plus marquant que Chun-Hyang, Wonsul ou Mon-Ryong. C'est pour ça que je me suis dit qu'il irait très bien à un méchant…
A ce propos on m'a dit que les noms Coréens étaient difficile à prononcer pour les Japonais… Moi, je croyais que c'était juste parce qu'ils n'étaient pas habitués… Et la réciproque est vraie… Quand on associe un nom et un prénom japonais, cela fait plus de huit syllabes ! Ce n'est pas évident à mémoriser ! (il m'a fallu presque six mois pour me souvenir du nom et du prénom de notre éditeur ! (rires)
Mais revenons à nos moutons… j'ai voulu que Ulpaso soit un nom facile à retenir pour les japonais comme pour les Coréens. C'est pour ça qu'il n'y à aucun rapport avec le personnage historique. Je ne me suis intéressé qu'à l'impact du nom.
Pour tout vous dire, au départ, ce personnage devait être un méchant sans importance, mais j'ai abusé du pouvoir que j'avais, en tant que scénariste, pour en faire un personnage de premier plan."
Chapitre 8 : Wonsul
"Contrairement à Ulpaso, Wonsul est sans doute le personnage le plus proche de son modèle historique. Le vrai Wonsul était un grand combattant qui reçut de nombreuses décorations. Il eu néanmoins une existence tragique.
Il s'appelait Kim Wonsul et vivait dans le royaume de Shinra. La vie de celui qu'on appelait aussi Wonsul Ran fut adaptée en roman et en pièce de théâtre. Son histoire est encore relatée dans les manuels scolaires de tous les collèges de Corée, il reste le premier roman dramatique étudié par les collégiens.
Wonsul était le fils de Kim Yushin, un célèbre général de Shinra, qui régla de nombreux conflits de l'antiquité perturbée de la Corée. Dès son plus jeune âge, Wonsul se destine à une carrière militaire, et intègre l'unité d'élite de l'époque l'"unité des fleurs"(un groupe de jeunes gens versés dans les études et les arts martiaux). Tout le monde attend de lui qu'il devienne un aussi grand général que son père. Mais la guerre à laquelle il participe est une défaite cuisante pour l'unité des fleurs, et il rentre au pays avec les survivants… Son père le renie considérant que les "Fleurs" auraient dû préférer la mort à la défaite.
Par la suite, Wonsul part sur les routes et participe à de nombreuses batailles en tant que simple soldat. Ses combats furent dignes de ceux de son père, mais ce dernier ne lui pardonna jamais, et Wonsul mourut seul.
Wonsul était un homme calme et complexé par son père… mais avait malgré tout un grand sens de la famille. Je n'ai jamais oublié ce cours, au collège, où j'ai vu une image de Wonsul quittant sa famille en larmes…"
Chapitre 9 : Wonhyo
"Le modèle de Wonhyo est un célèbre moine qui vécut à l'époque de Shinra. Sans se soucier des apparences, il choisit de vivre en ermite, et il parvint aux frontières de la compréhension de toute chose…
Je ne sais pas ce qu'il en est au Japon, mais en Corée, les moines ont une image de magicien. Dernièrement, beaucoup de livres sur l'ésotérisme bouddhique, l'exorcisme et la magie asiatique on été publiés. Du coup l'image du moine magicien a été renforcée…
Wonhyo était un simple humain, dans une époque en guerre… Il y a de nombreuses légendes à son sujet. Certaines histoires sont des contes moraux, mais il y en a d'autres privilégiant l'action, où Wonhyo utilise des incantations, envoie des ondes de force ou des éclairs pour vaincre ses ennemis, comme dans un roman d'heroic-fantasy. Quand je lisais ces histoires, petit, je croyais que tous les moines étaient des magiciens (rires). La Wonhyo du nouvel Angyo Onshi correspond à l'image que je me faisais quand j'étais jeune.
Dans ce volume, Wonhyo invoque Fahnun, qui est une créature issue de "l'Histoire de Dangun", l'un des mythes fondateur de la Corée. L'histoire de la Corée puise ses racines dans les dieux. C'est un peu… aberrant de faire d'un dieu immense une simple créature invoquée, et ça m'inquiétait vraiment de savoir comment ça allait être interprété… (rires).
Quand j'ai entrepris de faire les crayonnés pour Fahnun, j'ai découvert une histoire sur Internet ou on expliquait que Fahnun avait trahi les règles des dieux pour devenir humain et qu'il était devenu le dieu des malchanceux. Il n'y a pas d'origines claires à cette histoire, mais j'ai trouvé ça intéressant, et ça m'a donné envie de faire de Fahnun une créature de malheur… Mais n'allez pas vous méprendre, en Corée, Fahnun est une grande divinité, un peu comme jésus en occident."
Chapitre 10 : Frère tigre
"Cette histoire est tirée d'une légende coréenne tellement célèbre que c'était difficile de la modifier… En plus, je voulais transmettre son message tel quel. C'est pour ça que j'ai écrit ce chapitre en essayant de garder l'ambiance de la légende d'origine. En dehors de l'apparition de Mun-Su, Sando et l'écuyer, je pense avoir réussi à restituer l'histoire originale. En lisant ce chapitre, vous pouvez entrevoir un aspect de la culture et du confucianisme coréens.
En Corée, il y a beaucoup de légende sur la piété filiale. C'était déjà le cas des "Funérailles des Kôrei" dans le premier tome. Vous vous demandez peut-être pourquoi nous avons autant d'histoires de ce genre… Eh bien, je n'en sais rien moi-même (rires). Simplement, on me les a racontés quand j'étais petit, et comme elles portent à réflexion, je les utilise comme source d'inspiration pour le nouvel Angyo Onshi.
En Corée, on nous apprend qu'au moment du repas, les plus jeunes doivent attendre que les plus âgés aient pris leur baguette pour commencer à manger. Depuis quelque temps, cette marque de politesse tend à disparaître. Certains pensent que c'est parce que la politesse se perd, mais moi, je pense que c'est parce que notre société a mûrit et qu'elle devient plus égalitaire. Ce n'est pas la même chose au Japon ? En fait, tant qu'on respecte ses parents et ses supérieurs, peu importe qui prend ses baguettes en premier. Le respect des parents est le plus important.
En lisant ce texte, vous vous dites peut-être que je dois être très poli (rires). Eh bien, c'est tout le contraire. Quand j'allais à l'école, j'étais un élève à problèmes. Quand je repense à cette période, je me dis que mes parents ont dû beaucoup souffrir. Maman, papa, je suis vraiment désolé… ."
Chapitre 11 : Nonge
"Je vais vous parler de Chu Nonge qui m'a servi de modèle.
En 1592, lors de la première invasion japonaise de la Corée, Hanyan (ancien nom de Séoul) tombe le 4 mai. Six milles hommes continuent de résister dans le château de Chinju, mais finissent par céder. Pour fêter la victoire, les japonais font un immense festin. Nonge, une chanteuse appelée pour l'occasion, décide de venger la mort des généraux coréens et invite le général japonais à venir sur une pierre surplombant une rivière. Elle le sert alors entres ses bras en croisant ses mains pour que ses bagues s'accrochent entres elles, et l'entraîne dans la rivière.
Voilà, c'était la véritable histoire de Nonge. Aujourd'hui, encore, on lui rend hommage par des prières. Elle symbolise la femme qui se sacrifie pour son pays ou pour sa famille.
Dans leurs lettres, les fans japonais me disent souvent que les femmes du nouvel Angyo Onshi sont plus fortes que les hommes. Je dois dire que… c'est vrai (rires). Personnellement, je pense que les femmes sont les êtres les plus forts du monde. Qu'en pensez-vous ? Même si les hommes sont plus fort physiquement, ce sont les femmes qui tirent toutes les ficelles. Tout simplement parce que ce sont elles qui donnent naissance aux hommes. Mais ce n'est pas le sujet ici (rires)…
J'ai hésité à écrire cette histoire… Je me suis demandé si c'était judicieux de m'inspirer d'une guerre nippo-coréenne… S'il n'y avait pas un risque de malentendus. Cette histoire n'a pas pour but de revenir sur l'histoire de la Corée et du Japon… Je voulais parler d'une femme forte malgré son apparence fragile, comme Jeanne d'Arc."
Chapitre 12 : Ondal et Pyong Gan
"Sous le règne du roi Pyong Won, un nommé Ondal vivait avec sa mère dans la région reculée du Koguryo. A cause de son physique difforme, les gens l'appelaient "Ondal l'idiot".
Le roi Pyong Won avait une fille, Pyong Gan qui pleurait toujours. Pour la faire taire, le roi lui disait que si elle continuait, il la marierait à Ondal l'idiot. Quand elle fût en âge de se marier, son père lui chercha un mari dans la noblesse, mais elle ne lui répondit qu'un roi ne devait pas mentir et partit à la recherche d'Ondal avec qui elle se maria. Par la suite, et avec l'aide de Pyong Gan, Ondal devint général et remporta des batailles. Le roi finit par reconnaître le mariage de Pyong gan et Ondal, et éleva ce dernier au rang de haut fonctionnaire. Mais en 509, Ondal mourut au cours de la guerre contre le royaume de Shinra. Quand elle apprit la terrible nouvelle, Pyong Gan s'écria : "Tu pars avant moi, mais je te demande de m'attendre !".
L'histoire d'Ondal l'idiot est un classique très connu en Corée, ses héros, Pyong Gan et Ondal, ont véritablement existé. Le Ondal du nouvel Angyo Onshi ne vit que dans l'imagination de Pyong Gan, mais le vrai Ondal était un grand guerrier et Pyong Gan, qui le dirigeait dans l'ombre, était une épouse idéale. Si je dois me marier un jour, je voudrais que ma femme lui ressemble (rires).
En adaptant ce classique, j'ai voulu donner un rôle important à Pyong Gan parce qu'elle abandonna une vie de liberté pour se marier avec un Ondal détesté de tous. Son caractère entreprenant, sa quête de la justice et du bonheur dans son mariage avec Ondal m'ont totalement séduit. En faisant des recherches sur la vrai Pyong Gan, je me suis fait une autre image de l'épouse idéale. J'en ai fait une femme souffrant de vouloir vivre sa vie et de son imagination débordante. La vraie Pyong Gan n'a été dirigée par personne, elle a vécu la vie qu'elle avait choisie."
Chapitre 13 : La légende de Hongil Dong
"Avant de vous présenter la version originale, je dois vous prévenir, qu’en réalité Hongil Dong était un homme (rires).
Hongil Dong vivait sous la dynastie Choson (1392-1910) à Han-Yan (ancien nom de Séoul). Depuis son plus jeune âge, il avait été formé aux arts martiaux pour devenir général. Fils de noble, il ne pouvait pas appeler son père papa ni tutoyer ses frères et n’arrivait pas à trouver son identité. Il décida alors de partir en voyage. Au cours de son périple, au fin fond des montagnes, il rencontra des voleurs et devint leur chef. Dès lors, il écuma chaque région, dévalisant les gouverneurs pour distribuer leurs richesses aux pauvres. Comme il s’en prenait aux nobles, le roi ordonna qu’on l’arrête mais personne n’y parvint… Jusqu’à ce qu’on menace sa famille. Mais quelques années plus tard, Hongil Dong repartit sur les routes. Cette fois, il sauva une jeune fille des griffes de monstres, dans le pays de Yourt, et devint roi du pays. Son règne lui permit d’accomplir son rêve: un monde ou le bonheur serait roi.
Aujourd’hui encore cette histoire est l’une des préférées des Coréens. Je pense qu’il est toujours aussi apprécié parce qu’il voulait aider les plus pauvres.
En faisant des recherches sur cette histoire, j’ai trouvé quelque chose de très intéressant: récemment, un spécialiste de la littérature classique a publié un ouvrage affirmant que Hongil Dong avait bel et bien existé et qu’il avait été un vrai idéaliste qui avait combattu pour défendre son idéal jusqu’à la mort, un peu comme Che Guevara.
Il y a aussi une autre chose intéressante : il semble que le dernier pays qu’il ait visité soit Okinawa. Qu’a t-il bien pu faire là-bas ? Vous le saurez en lisant l’entretien à la fin de ce volume !"
Chapitre 14 : Kewil Hyang
"Un jour, j’ai reçu la lettre d’un lecteur qui me disait : "j’ai été très impressionné par l’histoire de Nonge dans le tome 5. Y a-t-il d’autres femmes fortes comme elle en Corée ?" En lisant ça, j’ai tout de suite pensé à Kewil Hyang.
"Celle qui m’a servi de modèle pour Kewil Hyang était la fiancée de Kim Unso qui régnait sur l’actuelle Corée du Nord dans les années 1590. Quand la région fut envahie par l’armée japonaise, Kewil Hyang, fut capturée et sa grande beauté lui valut de devenir la maîtresse du général. Un jour, Kewil Hyang invita le second du général à souper, et le fit boire jusqu’à ce qu’il dorme permettant ainsi à Kim Unso de s’introduire dans le palais et d’assassiner le général. Quand il proposa à Kewil Hyang de fuir avec lui, elle lui répondit qu’ayant été souillée, ne pourrait plus jamais être heureuse et mis fin à ces jours.
En Corée il y a une expression qui dit "le sud a Nonge et le nord a Kewil Hyang", c’est une façon de dire qu’elles étaient aussi forte l’une que l’autre.
En fait, peu de Coréens connaissent l’histoire de Kewil Hyang parce qu’elle est originaire de Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord. Là-bas, tous les ans, il y a un festival en sa mémoire.
En écrivant le "Nouvel Angyo Onshi", j’essaye d’être, avant tout, neutre du point de vue historique. A travers cette fiction, je veux juste vous parler de la force des personnages historiques dont je me suis inspiré. J’espère que les lecteurs ont compris la tristesse de Kewil Hyang face à son infidélité. Je crois que les lecteurs du monde entier peuvent ressentir la même chose (rires)."
Chapitre 15 : Mito
"Quand je vais vous dire la vérité sur Mito, vous risquez d’être surpris. Pour lui, je ne me suis pas inspiré d’un Coréen mais d’un Angyo Onshi Japonais (?) ayant réellement existé : Mito Kômon. Quand on le sait et qu’on le regarde bien, c’est son portrait craché (rires) ! Je vais essayer de vous en dire un peu plus à son sujet. Si je me trompe, les lecteurs japonais me le feront savoir.
Mito Kômon était le seigneur du fief de Mito et le petit fils de Tokugawa Jeyasu (le fondateur du shogunat des Tokugawa). Il s’était déguisé pour faire le tour de son fief incognito. Pour prouver leur identité, les Angyo Onshi coreens présentaient leur mahai et lui, le sceau de la famille Tokugawa. Quand il le montrait, les gens s’agenouillaient et s’inclinaient devant lui. Il était lui aussi secondé par l’équivalent d’un sando et d’un écuyer.
Voilà, j’ai essayé de vous en dire plus sur Mito Kômon, mais en réalité, mes informations viennent du feuilleton télé qui le met en scène. Il semble qu’aucune chronique à son sujet ne parle de voyage pour traquer et bannir les tyrans. Mais d’après la grande encyclopédie historique du Japon, c’était vraiment quelqu’un de bien. Si Mun-Su à l’image de quelqu’un de circonspect, Mito Kômon, a celle d’un vieux sage.
Dans le cas du "Nouvel Angyo Onshi", on s’est dit que Mun-Su n’avait pas de chance de devoir tout décider tout seul, alors nous avons convenus de lui adjoindre un vieux sage pour le guider. C’est à ce moment là, que j’ai vu le feuilleton sur Mito Kômon, et j’ai vu en lui le conseiller idéal pour Mun-Su. Si ça ce n’est pas de la collaboration nippo-coreenne ! Notre Mito est un magicien, mais pour écrire mon scénario, je me sers de la sagesse et de la capacité de jugement de Mito Kômon. Il sortira peut-être un sceau impérial, un jour (rires)."
Chapitre 16 : Yonshil
"Le modèle de Yonshi est Chang Yonshil, un célèbre scientifique coréen des années 1400. Bien qu’il soit un paria et un métis chinois, le roi Sejong le Grand (le créateur de l’alphabet coréen) prit conscience de ses talents et lui confia la charge des sciences coréennes. Il est connu pour avoir inventé le pluviomètre. Quand on demande à un Coréen qui est le scientifique de son pays le plus célèbre de tous les temps, il donne sans hésiter le nom de Yonshil. Ce dernier se passionnait pour l’astronomie et il a inventé une horloge à eau afin d’étudier la nature et les corps célestes. C’est pour ça que j’ai écrit un passage ou Yonshil invente un télescope (rires).
J’adore Yonshil. Bien évidemment, j’aime tous mes personnages (rires). Mais pour Yonshil, j’ai… comment dire… Je pense qu’il est le plus humain. C’est peut-être son passé qui le rend si attirant. Sa curiosité, son étourderie et sa vigueur font qu’il me ressemble énormément. À ce propos, je dois dire quelque chose à propos de Yang Kyung-Il. J’ai écrit un jour qu’il ressemblait à l’écuyer, mais ce n’est qu’une ressemblance physique, du point de vue personnalité, il est exactement comme Ulpaso (hinhin !)."