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.:Shin Shunkaden

Shin Shunkaden Shin Shunkaden ("La nouvelle légende de Chu Nyan"), éditée en France par Glénat en 2005, est un recueil de trois nouvelles des Clamp parues entre 1992 et 1994 au Japon. Elles ont pour personnages centraux une jeune fille aussi mignonne qu'intrépide, Chu Nyan, qui va faire la connaissance de Muron, un vagabond qui se révèlera être en réalité l'Aménosa, le haut fonctionnaire envoyé par le gouvernement pour punir les gouverneurs corrompus. Avant Shin Angyo Onshi, la légende des amours de Song Chu Nyan et Ji Muron était adaptée au Japon par l'équipe Clamp, pour un résultat plutôt mitigé mais pas inintéressant.

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Personnages

Tour d'horizon des principaux personnages, et comparaison avec leurs alter-ego dans Shin Angyo Onshi.

Chu Nyan Chu Nyan: Avant même l'Amenosa, c'est le personnage principal du recueil. Normal, me direz-vous, puisque Shin Shunkaden est écrit par des femmes! Jeune fille du peuple, aimée et admirée, elle se dresse contre les injustices qui frappent les habitants de sa ville depuis son plus jeune âge, et ce même si ça doit lui attirer les foudres du gouverneur et de son fils. Rapide, puissante et sûre d'elle, c'est une adolescente qui prend la vie du bon coté. Une particularité: les boucles d'oreille magiques qu'elle porte lui permettent de faire apparaître ses armes.

Vous l'aurez deviné, elle "correspond" à notre Chun-Hyang bien-aimée. Mais si elles partagent le même don inné pour les arts martiaux, la comparaison s'arrête là: plus "Robin des bois" que fée mystique, Chu Nyan vue par les Clamp est aussi enjouée et énergique que le personnage de Shin Angyo Onshi est réservé. Elle a un caractère bien trempé et n'hésite pas à hurler sur les gens quand elle s'énerve, au contraire de Chun-Hyang qui ne parle quasiment jamais. Cependant, leur puissance apparente dissimule la même fragilité de jeune fille en fleur.
Muron : Derrière le vagabond rieur et gourmand, Dom Juan de pacotille, se cache l'Amenosa, puissant guerrier à la CLAMPde du gouvernement. Armé d'un pentacle de cristal permettant toutes sortes de magies (les Clamp ont bizarrement négligé le sceau historique arboré de chevaux), il va et vient incognito dans le pays, écoute les plaintes des habitants et punit les gouverneurs corrompus quand c'est nécessaire. Muron est un personnage insouciant qui a le don d'énerver Chu Nyan, ce qui est source de nombreux passages comiques dans le recueil.

De l'aveu même de Youn In-Wan, cette version de Ji Muron est très fidèle à la légende originale. Vis-à-vis de SAO, Muron se rapproche bien plus d'un Mon-Ryong qui aurait réussi l'examen d'Angyo Onshi que du Mun-Su que nous connaissons. Il n'en est que plus lisse: pas de passé trouble qui revienne le hanter, pas de dilemmes cornéliens à résoudre ni d'illusions à rompre, Muron est l'Amenosa sans failles qui rend la justice. Point. Cependant, comme dans la légende, son amour pour Chu Nyan est fort et sincère.
Muron
Myon Fa Myon Fa : C'est la mère de Chu Nyan, et aussi une très grande Shinban (prêtresse-magicienne). Quand Muron le vagabond frappe à sa porte, elle l'accueille avec gentillesse, au grand dam de sa fille qui s'énerve contre celui qu'elle prend pour un pique-assiette. Femme d'une très grande beauté, elle est convoitée par le gouverneur local mais résiste à ses avances.

Histoires

Première histoire: Ryonfui (parue le 20 octobre 1992)

Tout commence dans le petit village de Ryonfui, qui vit tant bien que mal sous la férule d'un mauvais Ryanban (gouverneur) qui ne pense qu'à s'enrichir. Après avoir donné une correction au fils de celui-ci et à ses gardes, Chu Nyan rentre chez elle les bras chargé de fruits offerts par les habitants reconnaissants. Alors qu'elle discute avec sa mère, la shinban (prêtresse) Myon Fa, un vagabond fait son apparition et leur demande l'hospitalité. Muron n'inspire pas vraiment confiance à Chu Nyan mais sa mère l'accueille avec gentillesse sans prêter attention aux protestations de sa fille. Surgit le méchant gouverneur, qui fait une cour empressée à Myon Fa avant que Chu Nyan ne mette un terme à cette intrusion en faisant une petite démonstration de son talent à l'épée...

Pendant les jours qui suivent, Muron accompagne Chu Nyan dans ses déplacements en ville et lui montre ses sentiments, ce qui n'est pas sans troubler l'adolescente. Un après-midi, en leur absence, le gouverneur fait capturer Myon Fa pour la forcer à se donner à lui. Il la menace de mettre la ville à feu et à sang si elle ne lui cède pas, mais la prêtresse, très digne, préfère se donner la mort sous ses yeux plutôt que de trahir son défunt mari. Chu Nyan, partie à la recherche de sa mère, prend d'assaut le palais et découvre à cette occasion que Muron n'est pas qu'un simple vagabond. Parvenue dans les appartements du gouverneur, elle tombe sur le cadavre de sa mère et s'apprête à tuer le gouverneur affolé quand Muron entre. Il dévoile alors sa véritable identité d'Amenosa et autorise Chu Nyan à se faire justice elle-même. Myon Fa enterrée, les deux jeunes gens décident de partir à l'aventure ensemble.

Deuxième histoire: Suwol (parue le 20 août 1993)

Nous retrouvons Chu Nyan et Muron sur la route, la première tabassant le second pour lui avoir dit qu'elle était belle... Dans la forêt, ils tombent sur deux femmes en train de se baigner dans l'eau d'une source: il s'agit de deux sœurs, On Ryon et Chun Ryon, shinban (prêtresses) comme la mère de Chu Nyan. Spécialisées dans la danse de la pluie, elles ont reçu un appel à l'aide du village voisin de Suwol, où règne une sécheresse inhabituelle. Ils décident de poursuivre leur route ensemble, et Chu Nyan se lie d'amitié avec la plus jeune des soeurs. Dans le village visiblement abandonné, tous les quatre font la connaissance d'une étrange vieille femme qui se présente comme Yago, la prêtresse légendaire. Elle leur explique qu'un an auparavant, un nouveau gouverneur est arrivé, accompagné par un shinban, et qu'à deux, ils ont fait main basse sur les "fleurs d'eau", des fleurs capables de soigner n'importe quelle maladie. En dressant un mur d'énergie autour du château et en empêchant la pluie de tomber sur le village autour, ils se sont ainsi assuré le monopole de cette denrée inestimable. Les villageois qui ne sont pas morts se sont enfuis.

Emues par cette histoire, On Ryon et Chun Ryon décident de danser pour invoquer le Dieu Dragon et faire pleuvoir. Mais depuis le château, le shinban du gouverneur, qui s'est voué aux forces occultes, tire sur le dragon qui, dans sa fureur, foudroie l'aînée des deux soeurs. Folle de chagrin, la cadette tire une dague de ses cheveux et se l'enfonce dans le cœur. Se décidant alors à agir, Muron, accompagné de Chu Nyan, réussit à franchir le mur d'énergie qui entoure le palais et tue le magicien malfaisant grâce aux pouvoirs de son pentacle. Puis il capture le gouverneur, qui sera remis à la justice. Chu Nyan, qui veut venger la mort des prêtresses, s'apprête à pratiquer une justice plus expéditive mais arrête sa lame au dernier moment: du ciel tombent des gouttes, la pluie est enfin revenue sur Suwol. Les larmes aux yeux, la jeune fille comprend que tuer le gouverneur ne fera pas revenir On Ryon et Chun Ryon. Après avoir fait leurs adieux à la vieille Yago, Muron et Chu Nyan reprennent leur chemin.

Troisième histoire: Nostalgie (parue le 20 février 1994)

Les aventures de nos deux justiciers s'arrêtent là, la troisième histoire, plus courte, est un flash-back mettant en scène une Chu Nyan agée de seulement six ans, et qui déjà se met à dos le fils du gouverneur... L’enjeu de la dispute (et accessoirement de la bagarre qui s’en suit contre l’escorte du jeune arrogant) est un terrain de jeu cher au cœur de la petite fille : c’est sur cette balançoire que ses parents se sont rencontrés autrefois. Chu Nyan repousse une première fois le fils du gouverneur mais celui-ci se plaint à son père, et la balançoire est détruite le lendemain sans autre forme de procés. Chu Nyan se réfugie dans les bras de sa mère, en pleurs, et s’excuse de ne pas avoir réussi à "protéger ses souvenirs", mais Myon Fa la conCLAMPe en lui disant que les souvenirs sont gravés dans le cœur et non dans les objets.

Gros regret pour cette histoire : tout au long du manga, on relève ça et là des allusions au défunt père de Chu Nyan et on se dit que cette partie va enfin lever le voile. Que nenni ! Myon Fa se contente de quelques sous-entendus nébuleux, et promet à sa fille de lui dire un jour qui était son père.

Parallèle Shin Shunkaden/ SAO

- Première histoire de Clamp et intro de SAO

Dans les deux oeuvres, les villes sont dirigées par un gouverneur véreux. Dans Shin Shunkaden le gouverneur est un Ryanban (désigné par le Chunan qui concentre le pouvoir du pays) et contrôle la ville de Ryonfui. Chu Nyan, fille de la prêtresse Myon Fa, vient au secours d’une jeune femme condamnée à mort. Elle donne une bonne leçon au fils du gouverneur et retourne chez sa mère les bras chargé de fruits que les habitants lui ont gracieusement offert en reconnaissance de son courage. De par cet affront, la mère de Chu Nyan est enlevée par la garde du gouverneur et amenée de force dans le palais du Ryanban. Refusant les avances de ce dernier, elle préfère se suicider. C’est alors que Chu Nyan fonce au palais accompagnée de Muron qui se montre alors, à l’entrée du palais, comme un combattant émérite. Face au gouverneur, Muron se montre sous son vrai visage, celui d’Amenosa et laisse Chu Nyan se faire justice.

Dans SAO, Mun-Su manque de se faire terrasser par un désert brûlant mais se fait sauver par Mon-Ryong qui le croyant mort failli le faire rôtir. Mon-Ryong périt par des démons du désert mais Mun-Su n’oublie pas le geste salvateur de l’inconnu envers lui et part chasser le gouverneur qui tient Chun-Hyang dans son cachot. En ville, le gouverneur est à la recherche d’un garde du corps d’élite. Mun-Su se présente, tout en préservant son apparence, comme l’homme de la situation. Arrivé dans la cour du palais, il se dévoile, par un sortilège magique, sous les yeux horrifiés du gouverneur comme étant Mon-Ryong. Mais le masque tombe, il redevient Mun-Su et lance "Voici venir l'Angyo Onshi !". Il combat alors une Chun-Hyang hypnotisée jusqu'à qu'elle apparaisse le serre-tête de Mon-Ryong dans les cheveux de Mun-Su. De son côté la population qui était terrifiée à la pensée de se rebeller en finit avec le gouverneur pour au final exposer sa tête en public.

- Chu Nyan et Chun-Hyang

Chu Nyan Chun-Hyang
Chu Nyan et Chun-Hyang

Dans l’œuvre de Clamp, Chu Nyan est quelqu'un d’extravertie qui a des sentiments forts pour sa mère Myon Fa. Elle est possessive et n’aime pas qu’on empiète sur ses plats de bandes. Elle est aussi méfiante et ne fait pas confiance au premier venu. Après le suicide de sa mère, elle accepte de poursuivre sa route en compagnie de Muron. Elle se défend aussi bien avec une grande lance dont la lame principale est accompagnée de deux autres lames en croissant de lune qu'avec un grand sabre. Elle peut faire apparaître ses armes à sa convenance grâce à ces boucles d'oreilles magiques.

Dans SAO, Chun-Hyang est beaucoup plus calme et posée. Introvertie, elle ne cherche pas à se faire remarquer. Elle joue à merveille son rôle de Sando et sait se montrer serviable et "fidèle" ? (Évidemment vous comprendrez que je ne peux actuellement pas confirmer ces dires ^^°) Elle suppliera Mun-Su de la prendre sous son aile à la condition qu’elle se fasse aussi petite que possible. Ses armes sont une énorme griffe et une grande épée.

Toutes deux sont de très grandes combattantes et développent des techniques de combat avancées. Elles sont très souple et ont la même attitude acrobatique dans les combats malgré un arsenal bien plus imposant chez Chun-Hyang. Par contre au niveau vestimentaire, on est en totale opposition avec la première qui la joue "camouflage" alors que la seconde préfère les tenues ultra light !

- Muron et Mon-Ryong

Muron Mon Ryong
Muron et Mon-Ryong

Muron est quelqu’un qui se dit vagabond. C’est un vrai coureur de jupons. Il n’hésite pas à faire l’éloge de la beauté de Myon Fa et de beaucoup de femme qu’il rencontre sans parler des nymphes par qui il est obnibulé. Il aime aussi la bonne bouffe ou du moins les repas préparés par les jolies filles ! En réalité ce n’est ni plus ni moins qu’un Angyo Onshi ! Il s’attache très vite à Chu Nyan qui s’exaspère de son comportement volage.

Mon-Ryong veut devenir un grand Angyo Onshi. Il aime passionnément Chun-Hyang et lui est tout dévoué. Il connût un destin tragique.

- L’invocation

Muron et son pentacle Mun-Su et son mahai
Muron et son pentacle et Mun-Su et son mahai

Dans Shin Shunkaden, Muron dispose d’un pentacle de cristal arboré d’une étoile et de l’emblème du yin et du yang qui lui sert à annoncer son rang d’Amenosa. Il a la faculté d’invoquer des arcanes secrets. Il est le seul et l’unique Amenosa du pays. Il agit sous les ordres direct du Chunan qui a le pouvoir abCLAMPu.

Dans SAO, Mun-Su se sert d’un mahai à 3 chevaux synonymes de rang ultime pour les Angyo Onshi. Il n’est pas le seul Angyo Onshi du royaume et a les mêmes prérogatives que Muron.

Critiques

Avis de Magnus

Comme je le disais en introduction, dans ce manga il y a du bon et du moins bon.

D’abord, il est toujours agréable de lire une adaptation de la légende de Song Chu Nyan, très populaire en Corée. Notez que ce recueil des Clamp est paru avant Shin Angyo Onshi, et dans un commentaire en fin de volume (voir ci-après), Youn In-Wan confie qu’il s’en est inspiré pour créer le premier chapitre de notre manga préféré.
Autre point positif : les Clamp se sont soigneusement documentées, et cela transparaît dans les costumes des personnages, ainsi que dans certains détails de la légende tel le corbeau qui accompagne la vieille Yago dans la seconde histoire, ou son bâton.
Graphiquement, les pleines pages sont l’occasion de nous faire admirer de splendides artworks de Chu Nyan, malheureusement en noir et blanc.
Enfin, sur le fond, le recueil (parfois un brin moralisateur) dénonce les conditions de vie de l’époque, où les gens étaient plus ou moins à la merci du gouverneur nommé. Chu Nyan est la fille du peuple qui se bat contre les "bien nés". Une dimension sociale vite éclipsée dans SAO par la petite guerre entre Mun-Su et Ajite.

Le principal reproche qu’on pourrait faire est lié au manque de tension dans le récit en général. Sans aller jusqu’à l’ennui, on suit les aventures de nos deux justiciers avec une certaine distance, et les auteurs ne parviennent jamais à nous donner envie de nous investir dans l’histoire. Peut-être à cause d’un manque flagrant de subtilité dans le caractère des personnages : Chu Nyan et Muron sont des "gentils" très gentils, et les gouverneurs des "méchants" très méchants. Ce manichéisme peut agacer, surtout après la lecture d’un tome de SAO !
On peut aussi reprocher aux Clamp leur style brouillon, notamment lors des scènes de combat (le format du volume n’aide pas), ainsi que le manque de diversité de l’encrage qui donne souvent l’impression qu’elles n’ont utilisé qu’une gamme de noir.
A l’image du bonus (quelques pages "culinaires" où l’on voit Muron et Chu Nyan engloutir des plats traditionnels dans un restau), l’humour est très convenu et ne parvient qu’à faire sourire.

Avis de Wonsul

Ce recueil fût pour moi une réelle surprise ! Il permet de nous rendre compte de l’influence de SAO sur l’œuvre de Clamp. Ainsi on se rend vite compte de toutes les similitudes entre la première histoire de Clamp et l’introduction de SAO : Chu Nyan pour Chun-Hyang, Muron pour Mon-Ryong et la même approche scénaristique avec un Angyo Onshi qui se dévoile tardivement pour donner une leçon au crapuleux gouverneur local.

Visuellement, je ne dirais pas que ça en jette. Les dessins sont très moyens, les décors simplistes, les traits grossiers et parfois cafouilleux notamment lors des scènes de combat avec Chu Nyan (Il est à noter que le format du tome est bien trop petit ce qui rend la lecture fastidieuse). Néanmoins on appréciera la fidèle retranscription du détail sur les costumes d’antan tout comme le respect du portage des vielles légendes.

La trame principale s’attarde sur les deux personnages Chu Nyan et Muron et sur le gouffre qui existe entre les différentes classes sociales. Les Clamp ont su reprendre une vielle légende Coréenne à leur compte en y apportant des touches d’humour et un nouveau comportement plus dynamique et plus enjoué chez le personnage de Chu Nyan qui sauve la linéarité et la légèreté de l’histoire.
Alors oui ce recueil n’a pas la subtilité ni la saveur d’un bon tome de SAO, néanmoins il apporte un autre regard intéressant sur une des plus célèbres histoires de Corée qui a fait jaillir les fondations de notre manga préféré. Et rien que pour cela, merci Clamp !

Bonus: le commentaire de Youn In-Wan

NDLR : Etrangement, Y.I-W est apparenté dans le texte à une femme (une erreur de Glénat ?). Nous avons donc naturellement remis les choses dans leur contexte.

"Je me souviens que lorsque j’ai aperçu pour la première fois le "Shin Shunkaden" en librairie, j’ai été très surpris. Les auteurs étaient étrangères, et de plus il s’agissait des très célèbres CLAMP, qui s’attaquaient à l’une des œuvres les plus populaires du patrimoine coréen.
Dans l’œuvre dont est issu le "Shin Shunkaden" Chu Nyan et Muron sont de conditions sociales différentes, et un homme de sinistre réputation s’oppose à leur union, employant toute son énergie à tenter de les séparer. C’est à peu près la trame générale de l’histoire. Mais il y a eu de nombreuses versions. L’œuvre originale est un classique de la littérature coréenne, et tout le pays la connaît. Les œuvres les plus célèbres de CLAMP ont été éditées en Corée. Leur succès réside en partie dans leur vision personnelle du monde, qu’elles ne cherchent pas à calquer sur le mode de pensée du lecteur pour le flatter. Encore maintenant, de nombreux lecteurs coréens raffolent de leurs bandes dessinées. La rencontre entre un groupe de mangaka célèbre et une œuvre classique coréenne a donné naissance au "Shin Shunkaden", c’était inespéré.
Quand le "Shin Shunkaden" est sorti en Corée, la réaction la plus répandue a été : "Des étrangers ont remis un classique au goût du jour". C’est également ainsi que je l’ai appréhendé. L’histoire traitait des problèmes de société de l’époque, tels que l’inégalité des classes et la place de la femme. Dans ce contexte, les deux héros vivent une histoire d’amour simple. CLAMP y a intégré quelques éléments de comédie particuliers à notre époque.
Des détails vestimentaires, en particulier sur les habits féminins, ainsi que la notation des incantations magiques en coréen montrent que les CLAMP ont bien étudié le sujet. Ce qui m’a le plus surpris, ça a été la canne de la vieille Shinban dans l’histoire de "Suwol". Le corbeau qui trône au sommet de ce bâton est appelé "sotté" en Corée. Et c’est un attribut récurent des Shinban de l’époque. J’aimerais bien savoir où elles ont appris son existence ! (rires)
Intéressons-nous à présent aux modifications dont elles ont gratifié les personnages.
La Chu Nyan, telle qu’elle apparaît dans le "Shin Shunkaden" diffère beaucoup de celle que nous, Coréens, connaissons. Mais si son caractère et son comportement ne sont plus exactement les mêmes, elle en reste toutefois extrêmement sympathique. Et cette constatation s’applique naturellement à tous les personnages.
Quand on la compare à l’original, on s’aperçoit premièrement que son nom complet n’est pas Chu Nyan mais "Song Chu Nyan". Malgré sa nature féminine, Chu Nyan possède une force qui la fait résister face à n’importe quel adversaire. Elle est prête à tout pour conserver sa chasteté, qu’elle a promise par serment à Muron, et serait prête à donner sa vie pour ça.
Le vrai nom de Muron est "Ji Muron". Il a, pour sa part, conservé la gentillesse et la bonne humeur qui le caractérisaient dans l’original. Il est très épris de Chu Nyan et met son immense pouvoir au service de la justice.
En Corée, la mère de Chu Nyan, Myon Fa, s’appelle "Wol Ume". Elle a donné une excellente éducation à sa fille, et a regardé avec attendrissement l’amour grandir dans le cœur de Chu Nyan et Muron. C’est retranscrit très subtilement dans le "Shin Shunkaden" où, à certains passages, elle semble éprouver pour lui un véritable amour filial.
Dans l’histoire se passant à "Ryonfui", la jeune fille que sauve Chu Nyan au début, "Hyan Dan", est dans l’œuvre classique la servante de Chu Nyan. A cause de sa grande naïveté, cette demoiselle se met souvent dans l’embarras et sa maîtresse doit alors lui porter secours. Il faut préciser que les personnages de Hyan Dan et de Wol Ume sont des éléments plutôt comiques dans l’original. En s’inspirant des personnages originaux pour créer les leurs, les CLAMP ont rendu un hommage à l’œuvre classique coréenne.
Mais tout l’intérêt de ce manga ne repose pas uniquement sur le charme des personnages. Les décors sont également très travaillés. Le village de "Suwol" existe réellement sur une île coréenne. Dans ce village, le CLAMPeil se reflète si fort sur la mer qu’il est appelé "la ville des fleurs d’eau". Le "Shin Shunkaden" regorge de détails susceptibles de nous surprendre, nous autres Coréens. C’est entre autres ce qui me rendra toujours admiratif des œuvres de CLAMP.
La scène que j’ai préférée dans le "Shin Shunkaden" a été sans conteste celle où l’on apprend que Muron est l’"Amenosa". C’est aussi une référence à un homme très important en Corée antique. L’histoire dit qu’il parcourait les routes, déguisé en simple voyageur, et défendait la veuve et l’orphelin contre les hommes sortis du droit chemin. Ce que je vais écrire ressemble beaucoup à une publicité éhontée pour mes propres œuvres (rires), mais en ce moment je publie, en collaboration avec Yang Kyung-Il, un manga intitulé "Shin Angyo Onshi". C’est une œuvre librement adaptée du "Angyo Onshi", transposée dans un monde fantastique. En réalité, la première histoire est une reprise de la "légende de Chu Nyan" *, je n’ai presque rien modifié de la version de Clamp. Lisez-la si vous en avez l’occasion ! C’est aussi pour cette raison que j’apprécie le "Shin Shunkaden" plus que la plupart des Coréens (rires). Je dois bien reconnaître que le "Shin Shunkaden" m’a énormément influencé pour "Shin Angyo Onshi". On voulait que notre manga soit publié au Japon, et on a pensé que le fait d’y intégrer des éléments du "Shin Shunkaden" serait peut-être un critère de jugement décisif. Si on n’avait pas utilisé Chu Nyan pour notre première histoire, vous ne connaîtriez sans doute pas "Shin Angyo Onshi" ! (rires)
Je pense que la culture "manga" va au-delà de toutes les frontières, pour devenir une culture universelle. Les mangas influencent beaucoup la jeunesse coréenne, tout comme des classiques coréens peuvent inspirer certains auteurs japonais. En règle générale, le manga unifie toute une communauté autour du monde, un véritable réseau s’est formé. Partant du même principe, le "Shin Shunkaden" représente l’alliance parfaite entre le Japon et la Corée. Je suis très reconnaissant aux CLAMP d’avoir crée cette œuvre.
Au fait, l’histoire de Muron et Chu Nyan se termine bien subitement. C’est un peu dommage… Mais je trouve que cette manière de laisser le lecteur sur sa faim fait aussi partie du charme de ce manga, charme si typique, dont seul les CLAMP ont le secret (rires)."

*Note : "Shin Shunkaden" signifie "La nouvelle légende de Chu Nyan". Shunka est la lecture japonaise des caractères qui composent le nom de Chu Nyan.

Bonus 2: Interview: Youn In-Wan & CLAMP

youninwan-clamp

Sans "Shin Shunkaden", y'aurait-il eu un "Shin Angyo Onshi" ?

Youn :
Je veux vous dire, 'Merci'. Il n'y aurait pas eu de SAO si il n'y avait pas eu le "Shin Shunkaden" de CLAMP, qui fut basé sur l'histoire originelle Coréenne 'Amen-Osa' (Angyo Onshi). Les Coréens furent surpris quand le groupe populaire CLAMP publia "Shin Shunkaden" car nous ne pensions pas qu'une histoire basée sur une origine Coréenne serait acceptée par les lecteurs Japonais.
CLAMP :
Nous avons des amis Japonais-Coréen, donc nous sommes familières avec la culture Coréenne. La mère d'un de nos amis nous a donné une photo d'un livre 'Amen-osa' qui nous a donnée un jour l'envie de travailler sur l'histoire.
Youn :
Je fus surpris que vous vous soyiez lancé dans les détails vestimentaires et magiques de Corée en Hangeul* (ndlr:*alphabet Coréen).
CLAMP :
Nous n'avons pas fait de recherche approfondie. Dans le cas du bâton orné d'une corneille, il y a eu une chose similaire dans un mythe Japonais. Il semble qu'il venait de la même racine. Ces choses peuvent être appréciées comme un aspect culturel commun dans l'imaginaire. Mais SAO fut une découverte pour nous. Par exemple, les filles Coréennes ont une bonne posture et des beaux cheveux raides.
Youn :
"Shin Shunkaden" m'inspira. Il confirma notre conviction que si un manga est suffisament intéressant, il sera accepté dans différents pays. Nous avons décidé d'inclure 'Shin' dans le titre pour honorer votre "Shin Shunkaden".
CLAMP :
Si un manga est intéressant, c'est qu'il a une bonne histoire, indifférement du contexte culturel.

Différence entre l'histoire originelle et le manga.

CLAMP :
Vous êtes un bon scénariste car vous êtes capable de contrôler l'histoire sans que personne ne fasse d'illustrations. Parfois, les personnages dans une histoire commencent à avoir leurs propres pensées, particulièrement quand il y a un auteur et un dessinateur. Cela peut s'avérer meilleur que l'histoire d'origine intentée par l'auteur, mais l'inverse peut aussi aider. C'est une collaboration, mais aussi un dilemme...
Youn :
Mon dessinateur Yang Kyung-Il n'aime pas commenter l'histoire ou les story-borads que je lui donne; Cependant, il déteste tuer un personnage.
CLAMP :
C'est pareil pour nous. Les illustratrices détestent ça--nous n'avons aucune assistante.
Youn :
A un moment, Yang Kyung-Il avait 14 assistants! Il cuisinait pour eux et les appelaient ses soldats.
Ensemble :
Restons en contact et continuons l'échange culturel entre le Japon et la Corée.

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